Ascension du Kilimanjaro

Le Kilimandjaro est une montagne dans le Nord-Est de la Tanzanie composée de 3 volcans éteints: Shira, Mawenzi et Kibo dont son pic Uhuru culmine à 5891,8 m et constitue le sommet le plus haut d’Afrique. Il est aussi reconnu comme l’un des 7 Summits (les montagnes les plus élevées de chacun des 7 continents) le plus accessible car il ne demande pas de notions d’alpinisme avancé pour parvenir au sommet.

Compagnies et prix

L’ascension peut se faire à tout moment de l’année. Elle est à réaliser absolument avec la participation d’un guide et de porteurs. C’est un sacré budget. Les frais d’entrée dans le parc national à eux seuls coûtent 850$USD ! Ce qui donne un prix final avoisinant les 2000$ pour la prise en charge complète lors de l’ascension (hors billet d’avion). Ce tourisme fait vivre de nombreux locaux avec les safaris dans le parc national de Serengeti.

J’ai lu sur des forums qu’en arrivant directement à Moshi, on pouvait trouver des compagnies beaucoup moins chères et s’en sortir pour un prix autour de 1000$. Seulement le retour d’expérience n’est pas toujours très bon: expédition peu expérimentée, inconfort ou voire carrément abandon du guide qui vous invite à redescendre avec lui.

Bref, un scenario que j’aurais été capable de tenter mais j’ai au final décidé de casser ma tirelire et d’opter pour une compagnie plus sérieuse avec qui m’engager dans une expédition au sommet. De mes recherches, 2 compagnies sont ressorties:

  • Congema: Leur site est une mine d’or. Il propose plusieurs voies et répond vraiment à toutes les questions. Leur prix étaient aussi très corrects et j’ai senti que c’était des gens sérieux, désireux de faire au mieux pour que l’expérience soit réussie pour tout le monde.
  • Hors Pistes: Une offre faite sur mesure, très rapides dans les démarches et bien organisés. Le prix était un peu plus élevé que Congema mais elle me donnait l’assurance de faire l’ascension en groupe (au contraire de Congema où j’aurais été seul avec guide et porteurs). C’est l’option que j’ai retenue.

J’ai décidé d’emprunter la voie Machame aussi appellée Whisky way. Elle n’est cependant pas réputée comme étant la plus facile mais certainement la plus jolie, ce qui en fait une des voies les plus empruntées ces dernières années. L’autre voie, Marangu dite Coca-cola way, a la reputation d’être plus facile, se fait en logde dans un confort rudimentaire et permet une meilleure acclimatation mais je tenais à vivre l’aspect bivouac.

Voilà jour par jour une partie de cette histoire:

Jour 1: De Machame Gate (1800m) jusque Machame Camp (2835m)

Un minibus vient me chercher à mon hôtel où j’ai passé deux nuits après mon arrivée à Arusha. J’ai passé ma soirée à apprêter mes 3 sacs:

  • Mon gros sac de 80 litres pour le porteur, limité à 12kg
  • Mon sac de journée contenant des snacks, une veste de pluie et mon reflex
  • Les affaires dont je n’ai pas besoin pour l’ascension, qui resteront à Arusha pendant la durée de l’ascension

Le minibus nous dépose au point de départ: Machame Gate à 1800m. Je fais connaissance avec mon partenaire pour cette ascension: Tihomir, un bulgare qui a déjà fait le Mont Blanc et d’autres sommets en Europe. Mon plus haut sommet se situe à 4000m.
Le reste de l’équipe est constituée de Emanuel le guide qui a environ 130 sommets du Kilimanjaro au compteur, de Jon un assistant guide, d’un cuisinier et enfin de 8 porteurs (!) qui se chargeront de transporter le matériel. Certes, c’est beaucoup plus que nous imaginions pour 2 personnes mais être guide ou porteur au Kilimandjaro est un privilège en Tanzanie qui leur permet un revenu supérieur à la moyenne.

Au village Chagga de Machame, point de départ de ce trek, on patiente pendant que les guides s’occupent de la partie administrative. Je signe le registre de départ. Il y a un monde de dingue, là aussi.

Dès que tout est prêt, on ne tarde pas et on se met en route. Le premier jour est plutôt léger: 4 à 6 heures de marche à travers une forêt dense et inextricable de caoutchouc. Le gain d’altitude est très progressif. On marche d’un bon pas tout en discutant et en apercevant quelques singes (blue monkeys) dans les arbres. La végétation est faite de fougères géantes, bégonias et ficus. En prenant de l’altitude, la végétation se modifie: La forêt tropicale laisse place aux hautes herbes et bruyères géantes. Nous arrivons en 4h30 aux cabanes de Machame Hut où le camp s’établit après 14 kilomètres et 1000 m d’ascension.

Comme on pouvait s’y attendre, il y a énormément de tentes. On se croirait dans le camping d’un festival. Nos tentes sont déjà montées à notre arrivée par les porteurs qui étaient très en avant. Je récupère mon sac et installe mon matelas et sac de couchage dans la tente que je partage avec Tihomir.

La nuit tombe vite, la température aussi, on enfile rapidement nos polaires. Nous auront droit au traditionel thé et pop-corn avant de prendre le repas du soir avec Emanuel notre guide. Au menu: soupe, salade, boeuf et patates et en terminant par une tisane.

La nuit sera déjà très froide. Avant de m’endormir, je repense à tout le confort que cette expédition nous apporte: avoir des porteurs, monter les tentes, faire les repas.

Jour 2: De Machame Camp (2800m) jusque Shira Camp (3750m)

Reveil à 7h. Le ciel est dégagé et nous offre un point de vue sur le sommet. Après un déjeuner copieux, nous partons immédiatement laissant derrière nous les porteurs démonter les tentes et replier les affaires. Chaque jour, on partira avant eux, ils nous rattraperont malgré leur chargement et auront déjà monté le camp. Leur efficacité m’impressionne.

L’assistant guide nous dit qu’aujourd’hui, on devra avoir un autre rythme que la veille où nous étions allé assez vite. Le secret, c’est d’y aller polé-polé, ce qui veut dire doucement en swahili, pour éviter le mal des montagnes.

La végétation devient plus aride, le paysage plus volcanique jusqu’à ce qu’apparaissent les premiers séneçons géants. Le sentier est étroit et dépasser des personnes devient plus difficile. Nous arrivons à un plateau vers midi où c’est déjà le camp suivant.

La journée de marche aura été courte. Toujours aucun effet du mal de l’altitude. Les guides nous répètent souvent de bien s’hydrater.

Les environs du camp valent le détour. On apercoit au loin le sommet du Mont Meru qui culmine à 4565m, second sommet de Tanzanie.J’ai aussi l’occasion de faire connaissance avec une expédition composée de deux canadiens et un groupe de trois belges.

Jour 3: De Shira Camp (3750m) à Lava Tower Camp (4600m) jusque Barranco camp (3900m)

Je me lève fatigué. J’ai mal dormi, pas seulement à cause de l’altitude mais aussi parce que j’ai du aller aux toilettes plusieurs fois cette nuit. Ca n’a l’air de rien mais c’est une routine lente et éprouvante de quitter son sac de couchage, d’enfiler ses chaussures et de sortir par des températures négatives à cette altitude. Heureusement, le déjeuner 3 étoiles fait de pancakes et café est copieux et notre départ plus tard que d’habitude, on est parmi les derniers à partir.

Aujourd’hui est un jour d’acclimatation à l’altitude. Nous faisons une pointe au delà des 4500m avant de redescendre à 4000m pour passer la nuit. C’est Jon l’assistant-guide qui pose la cadence. Au fur et à mesure des heures de marche, j’ai de plus en plus mal à la tête, ce qui est normal. Je bois beaucoup grâce à mon tube relié à ma poche d’eau dans mon sac.

Le paysage est de plus en plus volcanique et désolant, on ne voit plus beaucoup de végétation. Après un parcours assez plat durant 3h, une ascension raide nous amène au camp de Lava Tower. Le mal de tête est à son maximum mais le moral est bon. Manger fait passer la douleur. A cette altitude, je rajoute une troisième couche pour surmonter le froid.

Il nous reste à redescendre vers la muraille de Barraco, un des plus beaux endroits sur ce circuit de 6 jours.
L’entrée du camp est magnifique, recouverte de lobélias dans une allée de séneçons géants qui nous souhaitent la bienvenue.

Le soleil fait sa réapparition, l’atmosphère est plus chaude et ça fait du bien. Après m’être allongé une demi-heure, je sors inspecter les lieux. La falaise devant nous est impressionnante. C’est un des plus beaux camps. Sans doute un de mes meilleurs souvenirs sur le kili.

Il y a moins de tentes qu’hier dans ce camp. Pour cause, une partie s’est arrêtée au camp précédent, c’est un groupe qui a préféré prendre un jour de plus pour s’acclimater à l’altitude. L’ambiance dans le camp est toujours aussi bonne, les porteurs nous enseignent des mots en swahili et on entend les groupes d’à côté se mettre à chanter. A la fin de chaque journée de marche, on a droit au traditionnel thé et pop corn:

On prend des forces le soir, demain on s’attaque à la muraille de Barraco.

Jour 4: De Barranco camp (3900m) jusque Barrafu camp (4673m)

Les nuits deviennent plus fraiches et je trouve moins facilement le sommeil. Aujourd’hui, l’ascension, plus technique, se fera par la muraille de Barranco qu’il va falloir franchir. C’est un vrai mur à escalader. Comme chaque jour, nous dépassons beaucoup de personnes, certains avec une condition physique plus limitée et je vois qu’ils en chient. Je pense aux porteurs qui doivent faire de même avec plus de 20kg d’équipement sur le dos. Au sommet de la muraille, un magnifique point de vue s’offre à nous au dessus des nuages. C’est magique !

La suite du parcours nous mettra au challenge avec des montées et descentes remarquables jusqu’à la valée de Karanga où on s’arrête pour le repas du midi.

Il s’agit ici du dernier accès à l’eau avant l’ultime camp précédant le sommet. J’ai moins mal à la tête, le moral est au top et je suis excité en pensant à l’ascension du lendemain.

L’atmosphère est froide mais pourtant on a très chaud avec le soleil qui tape.

Nous remontons une grosse moraine jusqu’au camp de Barafu à 4673m. C’est pratiquement le sommet du Mont Blanc. C’est aussi mon plus haut sommet jusqu’ici. Il nous reste encore 1200m d’altitude jusqu’au sommet.

L’ascension finale est prévue demain. La météo semble bonne, il n’y a rien qui peut empêcher d’arriver au sommet le lendemain.

Barrafu camp est le plus grand camp du parcours car il rassemble les voyageurs des voies Marangu, Rongai et Lemosho.
Le nombre de tentes présentes ici est impressionnant. Heureusement, nos porteurs nous ont trouvé un bon spot où passer la nuit à l’écart de l’agitation.

Durant le poulet-frites du repas de soir, on discute l’ascension de demain avec Emanuel:
La plupart des groupes démarrent leur ascension à minuit pour arriver au lever du soleil. Nous partirons à 1h du matin. Durant cette montée nocturne, la température peut descendre jusqu’à -20°C. Emanuel nous conseille donc de mettre autant de couches qu’on peut.
Il nous met en garde sur le mal de l’altitude. C’est en dépassant 5000m que les symptômes plus sérieux apparaissent comme des nausées et vomissements, il nous dit de ne pas nous en faire et que c’est normal.
L’excitation est remplacée par l’appréhension après ces derniers échanges.

Je fais le tri parmi mes vêtements encore trempés pour mettre au total 6 couches au dessus de la ceinture, 2 pantalons dont un prévu pour la montagne et 2 bas de montagne. Sans oublier les indispensables gants, bonnet et cache-cou.

Tout est prêt pour l’ascension! On se couche à 18h et le réveil est prévu à minuit.

Jour 5: De Barrafu camp jusqu’au sommet Uhuru Peak (5895m), redescente jusque Mweka Hut (3100m)

Difficile de fermer l’oeil cette nuit vu l’heure du coucher et tout le stress lié à cette ascension. Je n’ai pas dormi plus d’une heure ou deux. Une fois habillés et sortis de la tente, on a trop chaud à cette altitude avec toutes nos couches. Il fait complètement noir et on distingue déjà au loin le cortège illuminé des premiers partis, à la queue leu-leu.

On prend le temps de bien déjeuner avant de démarrer l’ascension, on est tous impatients de commencer. Je rajoute ma polaire dans mon sac au cas où ainsi que 2 litres d’eau et un litre de thé encore brulant. Je rajoute un jus et des barres énergétiques en cas de creux. Emanuel vient nous chercher, on allume tous nos lampes frontales et en route vers Uhuru Peak.

Lors des premiers mètres, j’ai la sensation de brûler dans mes habits. Ce ne sera que de courte durée. Après à peine 30 minutes d’ascension, je commence à ressentir le froid. A 5000m, je renfile déjà ma polaire. Il y a des rafales de vent glaciales qui traversent instantanément mes couches. Dès qu’on s’arrête, le froid vient nous envahir. Je sors l’eau de mon sac et je constate qu’elle a déjà gelé! Heureusement, le thé est encore là. Lorsque je le bois et que la chaleur se répand, j’ai la sensation d’être un personnage de cartoon dont le teint passe du bleu au rose.

La cadence est plus rapide, on essaie de dépasser du monde rapidement. On demande néanmoins à Emanuel d’aller moins vite car il veut absolument dépasser un groupe de 12 personnes dans un sentier étroit. Une fois dépassés, on a du mal à reprendre notre souffle.

J’ai la tête dans mes chaussures, plus aucune parole n’est échangée, j’essaie de ne plus penser au froid. Le chemin serpente jusqu’au pied des glaciers Ratzel et Rebman, entre lesquels s’engage la piste. Nous commençons à croiser les premiers abandons, en proie à des maux de tête qui redescendent pour se soulager. Après 4h de montée et 1000m de dénivelé, on arrive à Stella point (5685m). On fait une pause derrière un rocher à l’abri des rafales. L’immense cratère est visible à la lueur lunaire. L’essentiel est fait, plus qu’une heure de marche et 200m de dénivelé pour arriver au sommet.

Cependant, je me sens nauséeux et mon estomac ne supporte pas le jus de mangue à cette altitude. Je vomis le tout et prend du temps pour me remettre. Tihomir part en avant avec Jon. Emanuel reste avec moi et m’assure qu’une fois passé, on se sent mieux.
Et il a raison! 5 minutes plus tard, ça va beaucoup mieux malgré le ventre vide. Je me remet en route!

Durant la dernière heure, on peut admirer le lever du soleil tout en marchant vers l’arête finale. J’ai aussi l’occasion de passer à côté les célèbres neiges éternelles du Kilimanjaro:

Je pense au fait que d’ici quelques années, si toute cette glace fond à cause du dérèglement climatique, l’expédition au sommet deviendra beaucoup plus difficile à cause du manque d’accès à l’eau potable.

Je distingue enfin le sommet et je suis content de voir que ce n’est pas la foule. Je rattrape Tihomir en chemin et on arrive tous les quatre en même temps au sommet. On se serre tous dans les bras, je remercie chaleureusement nos guides qui sont heureux pour nous.

Depuis l’arête finale, on distingue aussi le second volcan Shira.On prend le temps de prendre des photos mais personne n’a envie de rester ici trop longtemps à cause des rafales de vent qui sont très violentes. Il reste maintenant à redescendre jusqu’au camp. La descente est pénible. Je regrette de ne pas avoir pris mon bâton de marche qui m’aurait bien aidé. J’ai très peu de souvenirs de la descente tellement l’altitude était pesante.

Le cratère immense (!) du volcan Kubo est maintenant très visible. Des nausées reviennent mais plus je descend et mieux ca va. Arrivé au camp, les porteurs nous félicitent, je vais m’allonger dans la tente.

Le repos n’est que de courte durée car après mangé, nous devons repartir pour descendre au camp suivant à 3100m.

La végétation revient petit à petit, les genoux encaissent beaucoup mais j’ai récupéré mon bâton de marche qui m’aide bien. Après 3h de descente, on arrive à Mweka Hut. La journée a été longue et éprouvante. Après avoir mangé, mes paupières se ferment. Le retour est prévu demain.

Jour 5: De Mweka Gate (3100m) jusque Mweka Gate

C’est aujourd’hui qu’on dit au revoir aux porteurs et aux guides. L’occasion de prendre une photo pour le souvenir avec toute l’équipe et de les remercier chacun comme il se doit (nous serons traduits par de guide de l’anglais vers le swahili). C’était un groupe très enthousiaste qui nous aura beaucoup appris sur le volcan et la Tanzanie.

C’est aussi le moment de la remise des pourboire qui est de coutume. Personnellement, je me suis plié aux règles que j’ai lu en lignes malgré que je n’avais pas prévu autant de porteurs pour 2 personnes.

Les adieux sont chaleureux et comme le veut la tradition, l’équipe nous chante la « Kilimanjaro song »: Hakuna Matata

La dernière descente jusqu’aux portes du parc est juste une formalité et on retrouve rapidement la forêt et ses animaux.

Avant de partir dans le bus qui nous ramène à Arusha. J’y reste encore une nuit pour me reposer avant de partir une semaine à Zanzibar pour y faire de la plongée.

J’espère que la lecture vous a plu. N’hésitez pas à m’écrire si vous avez des questions en vue d’une prochaine ascension.

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